Christine Arlot-Chasseguet, Présidente de l’Association « Les Arbusticulteurs »




photo Christine Chasseguet

De mon plus lointain souvenir, c’est par l’oculaire du petit microscope offert pour mes 15 ans que je découvris les poils étoilés (on dit « trichomes » maintenant) des feuilles d’un Deutzia scabra d’un square de la ville de Chartres. Voilà qui expliquait ce qualificatif de « rude » pour cet arbuste d’origine asiatique ! Au printemps suivant, pendant les grèves lycéennes de 1973, je débutai l’usage de la flore Bonnier avec les conseils avisés de mon prof de Sciences Nat, Pierre Delahaye, alors conservateur du muséum d’histoire naturelle de la Ville. Cette entrée en matière végétale s’est poursuivie avec quatre années d’études de biologie-écologie à l’Université d’Orléans et les relevés sur la future autoroute A71 en Sologne.

En 1978, pour la création de la première réserve naturelle nationale de plaine, Grand’Pierre et Vitain, au nord de Blois, je me lance dans la phytosociologie pour étudier « la colonisation arbustive » d’un ensemble de pelouses calcicoles vouées à disparition sans l’intervention du fauchage ou du pâturage. Je rencontre alors Dominique Mansion, qui me sensibilise aux haies bocagères. Le travail sur la réserve m’amène tout naturellement à poursuivre un doctorat à Paris XI (Orsay) pour une synthèse sur les groupements préforestiers arbustifs, dits « Prunetalia » au niveau régional puis européen.

De la friche armée à la forêt, il n’y a « qu’un pas » et c’est grâce à l’émergence des premiers catalogues des stations forestières initiés par l’Institut pour le Développement Forestier (IDF) et relayés par les Centres Régionaux de la Propriété Forestière, que je poursuis de 1981 à 1984, les relevés de terrain en forêt (flore, sol), la synthèse informatisée des données ainsi que la rédaction des catalogues en Pays Fort dans le Berry puis en Perche sarthois avec les magnifiques illustrations de Dominique Mansion, prémices de la flore forestière de l’IDF.

Revirement d’objectif quand, en sortant d’un colloque strasbourgeois sur la sauvegarde des pelouses calcicoles, je me suis dit « et l’Homme dans tout ça ! ». Et c’est avec l’opportunité de rentrer dans un service municipal d’espaces verts pour un poste de conférencière en collaboration avec le muséum d’histoire naturelle que j’atterris en septembre 1984 à Orléans sous la Direction d’Yves-Marie Allain, ingénieur horticole et paysagiste. Nous expérimentons, en parallèle de Rennes, les premières tontes différenciées à Orléans-La Source, suivi scientifique à l’appui. Grâce à son soutien, j’ai pu rejoindre l’Ecole Nationale d’Horticulture de Versailles et son célèbre potager du Roi pour 18 mois… Trois ans après mon retour, diplôme d’ingénieur en poche, je rejoins la ville de Laval ou je découvre une incroyable quantité d’arbustes et couvre-sol très variés (36 hectares de mémoire) plantés sous la houlette de Bernard Fleury, ancien Directeur parti rejoindre Orléans… et là, je tente de sensibiliser les collègues de la Région à la gestion de ce patrimoine arbustif et essaie même quelques relevés sur les thèmes de la « dynamique de colonisation » et de la densité avec une courageuse stagiaire ! Un jour, j’assiste au début du stage « Taille des arbustes » monté avec le CNFPT via Jean-Michel Marchandeau, et captivée par la présentation, complètement nouvelle pour moi, de Pierre Raimbault, je reste au stage avec les jardiniers…

L’appel du jardin botanique de Tours fut le plus fort et je quitte Laval pour la cité tourangelle, au « jardin de la France » où les presque 21 ans de carrière en tant que Directrice des parcs et Jardins puis des espaces verts métropolitains, sont passés comme un « déjeuner de soleil » tant les sujets étaient vastes et variés. En 2004, ce fut un formidable atout de rencontrer Jac Boutaud, via la SFA à Fondettes, puis grâce à l’Association des Parcs et Jardins en Région Centre (APJRC) pour la mise en place des formations au « plans de gestion des Parcs ». Notre collaboration s’est concrétisée avec son arrivée à la Ville de Tours pour la mise en œuvre du plan de gestion des arbres de la Ville et le suivi de l’important patrimoine arboré historique.

Et les Arbusticulteurs dans tout cela ? En 2007, lors de la création de l’Association à Rennes, je fus désignée trésorière, avec en particulier le suivi des fiches de paie des stagiaires qui dépouillèrent les données accumulées sur les sites expérimentaux des lycées horticoles de Lomme, Roman sur Isère et Nérac et travaillèrent sur les structures arbustives, avec l’aide financière et le co-encadrement de Plante & Cité. Peu après, de 2009 à 2011, le groupe des « tourangeaux » autour de Jac Boutaud, Cédric Billot, Franck Buisine, Christian Dufresne et moi-même et élargi avec la précieuse collaboration de Pierre Raimbault, alors enseignant chercheur à l’INH d’Angers, nous permet, quelques bouteilles de blanc local aidant, de proposer une remise à jour du « vocabulaire de la taille », comme la SFA l’avait fait en son temps pour les arbres (se mettre d’accord sur les termes, c’est très important). En tant que « secrétaire du groupe » j’ai compilé les versions successives du dit vocabulaire. Restait à se mettre d’accord avec Pascal Prieur qui avait continué à travailler de son côté sur les bases de Pierre Raimbault. Cette concertation a débouché sur le gros travail conjoint de Jac et Pascal des règles professionnelles relatives aux arbustes pour l’UNEP. Après une petite pause, je deviens secrétaire adjoint de l’association. Et en septembre 2020, la retraite aidant, le Conseil d’Administration m’en confie la Présidence, à la suite de Jac et de Pascal.


De ces expériences variées mais complémentaires, s’est forgée une vision globale de la place du végétal, et en particulier de l’arbuste, dans le paysage tant « naturel » qu’ « horticole ». Les notions de dynamique végétale, d’adaptation écologique des essences, quelles qu’elles soient, ainsi que leur bonne intégration dans l’espace paysager sont pour moi primordiales.

Les aspects humains et économiques sont bien sûr tout aussi importants et j’ai appris, à mes dépens parfois, la nécessité d’une très bonne communication avec les jardiniers et tous les encadrants et concepteurs pour poursuivre des objectifs de qualité où chacun s’y retrouve. La baisse des coûts de gestion peut être alors plus aisément atteinte.

Après ce « périple végétal » qui débuta sous le microscope, il me faut maintenant réfléchir à la suite de cette belle aventure associative avec des objectifs partagés par les adhérents et le CA, objectifs atteignables et concrets pour que des jeunes nous rejoignent (il y a déjà de très bonnes recrues) et que les vétérans s’accrochent…


Voici ces objectifs :

  • Communiquer sur nos acquis en valorisant les recherches et expériences de tous les membres, via des publications et le site internet,

  • Se retrouver sur le terrain pour partager passions et techniques,

  • Former de plus en plus de praticiens à la démarche « observation, réflexion, action » que ce soit pour les plantations ou pour la taille des arbustes,

  • Passer le relais…