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En Creuse, le plein d’échanges et de découvertes végétales

Quelques réflexions « à chaud » au retour de la vingtième Assemblée Générale des Arbusticulteurs.

C’est forte de ses 70 adhérents en 2026 que 45 d’entre eux ont pu se retrouver au cœur des jardins de la Creuse grâce au réseau « vert » d’Étienne Bertrand et à l’énergie et la volonté des membres du Conseil d’administration…

Vendredi 12 juin, Introduction tout en symboles et en nuances avec la rencontre du paysagiste Gilles Clément au matin du premier jour. Dans ce jardin fondu dans la nature creusoise, plantes spontanées et « exotiques » comme le Cornus kousa, l’Aesculus parviflora ou le Parrotia persica forment un harmonieux paysage en mouvement où les plantes annuelles parfois aussi grandes que des arbustes telle la Berce du Caucase, trouvent leur place et se promènent au gré des ans. Je cite les propos de Gilles dans la préface rédigée pour l’encyclopédie de la taille raisonnée de Pascal Prieur publiée chez Ulmer en 2025 : « Faire confiance au vivant peut nous aider à vivre. Agir sans viser la performance obligatoire apaise nos gestes et les accorde aux milieux de vie dans lesquels nous sommes immergés ». En conclusion, Gilles nous incite à la résilience dans le monde troublé et en mutation climatique et nous invite à « cultiver notre jardin nourricier ».

Échanges avec Gilles Clément à la Vallée, Crozant. (Photo © C. Chasseguet)
Échanges avec Gilles Clément à la Vallée, Crozant. (Photo © C. Chasseguet)
On ne rentre pas bredouille de l'AG ! (Photo © C. Chasseguet)
On ne rentre pas bredouille de l'AG ! (Photo © C. Chasseguet)

Après un pique-nique face à forteresse de Crozant, la moitié du groupe rejoint la « vallée des peintres » pour une lecture du paysage avec Étienne, paysage complètement transformé depuis la seconde moitié du XXe siècle. Rochers de granite et bruyères colorées ont cédé la place à des strates arbustives et arborées naturelles à la suite de l’abandon des pratiques agricoles. Le paysage se ferme et les peintres ont déserté le site qui reste néanmoins un haut lieu à la géomorphologie particulière de vallée encaissée.

Les botanistes passionnés avaient déjà rejoint le jardin Artbotanic situé à Saint Agnan de Versillat au nord de la Souterraine, notre lieu de campement en chalets confortables. Lionel Ewertz, artisan paysagiste passionné nous y reçoit dans un frais vallon où l’eau circule abondamment et où il a planté mille arbres et arbustes de toute la zone tempérée sur trois hectares. Dès le parking, l’ambiance est végétale et Lionel partage ses expériences sur les Nyssa, Styrax et Magnolias. Un spécimen du fameux pin Wollemia est remarquable. Un jardin zen est en cours d’aménagement aux abords d’un sympathique salon de thé.

Pause gustative et conviviale vendredi soir avec le partage des spécialités apportées par chacun. Entre autres mets régionaux, le pâté aux pommes de terre du Limousin, les gâteaux creusois aux noisettes, les saucissons et fromages de montagne, les galettes au sarrasin ou « tourtous » également du Limousin dans lesquelles les rillettes de la Sarthe, de la Touraine ou d’oie sont délicieuses ! sans oublier le fameux nougat tourangeau et ses bulles de Vouvray et bien sûr les vins de partout et les bières du Nord !

Rendez-vous samedi 13 juin au matin à l’Arboretum de la Sédelle à Crozant pour notre assemblée générale « historique » à laquelle 80% des adhérents étaient présents ou représentés. Notre présidente, Laure Rogeau mène les débats. Après le bilan de l’année 2025, les propositions pour 2026 s’organisent avec un futur voyage en Saône et Loire pour découvrir un jardin-forêt, la « Forêt gourmande » plantée par Fabrice Desjours. Des stages de taille ou de conception avec les arbustes sont plébiscités. Les objectifs de collaboration avec Plante & Cité sont exposés.

Le renouvellement par tiers du conseil d’administration permet l’entrée de deux jeunes très motivés et d’un paysagiste confirmé, ce qui contribue à la dynamique de l’association.

Les ateliers de l’après-midi alternent avec la visite de l’arboretum. Un atelier sur « la canopée arbustive » piloté par Etienne Bertand et Jac Boutaud regroupe la moitié des présents. Après une première partie qui fait bien ressortir les envies et les freins pour développer les canopées vertes en ville, les échanges prennent un tour plus technique et expérimental et il est convenu de créer un groupe de travail qui rendra ses conclusions à la prochaine AG ! L’autre atelier, mené par Pauline Frileux et Irène Guillet se déroule après la visite de l’Arboretum de la Sédelle au cours de laquelle des arbustes ont été sélectionnés pour y tester la méthode Spipoll (Suivi photographique des insectes pollinisateurs) proposée par le Muséum National d’Histoire Naturelle ; il s’agit du recensement, prise de photos à l’appui, des espèces pollinisatrices sur les végétaux. Pour ce thème, un groupe de travail est également créé.

Ombre et lumière à l'arboretum de la Sédelle. (Photo © C. Chasseguet)
Ombre et lumière à l'arboretum de la Sédelle. (Photo © C. Chasseguet)
Hêtre à la Sédelle. (Photo © C. Chasseguet)
Hêtre à la Sédelle. (Photo © C. Chasseguet)

Quant à la visite de l’Arboretum, menée par le propriétaire et planteur Philippe Wanty, elle nous réserve de grands émerveillements. Les diverses collections d’arbres par groupes du même genre ou famille, tels que les chênes, les érables, les charmes, les cornouillers mais également les conifères sont présentés de manière paysagère. les plantations en lisière préservent les vues et les coulées vertes tondues ou fauchées et même plantées de vivaces fleuries nous mènent jusqu’à la Sédelle. Là, la rivière coule entre des blocs de granite ombragés et nous sommes heureux de voir de l’eau, mais pour combien de temps encore… Juste au-dessus, la lande du chaos rocheux granitique est encore fleurie de bruyères et d’ajoncs grâce à l’entretien régulier qui y est pratiqué. Au cours d’une pause dans la grande clairière, Philippe nous invite à réfléchir aux conséquences du dérèglement climatique et nous en montre les signes évidents. Le retour par la forêt de hêtres préservée avec ses vieux sujets est magnifique.

Place à Hervé Mureau qui nous fait partager son voyage au Mexique de l’automne 2025 à la rencontre des végétaux dans leurs milieux naturels avec Thierry Lamant de l’O.N.F., spécialiste, entre autre des chênes, et Daniel Soupe, célèbre pépiniériste voyageur… Des côtes aux hauts plateaux, nous prenons conscience de la diversité des taxons, en particulier des chênes et des arbousiers dont les caractéristiques morphologiques nous surprennent. Les stratégies développées vis-à-vis de la sécheresse, du froid et des importantes différences de température nous donnent des pistes pour l’adaptation de nos plantations urbaines au changement climatique.

Le lieu est tellement apaisant que nous y passons la soirée autour d’un sympathique food-truck.

Dimanche, jour en prime pour cette AG particulière, nous roulons vers le sud en direction de Guéret. Nous sommes accueillis au Val Maubrune (La Brionne) par Thérèse Lemeignan dans son jardin planté depuis 1997 et classé remarquable par le ministère de la culture. Nous surplombons ce jardin « planétaire » (selon la charte développée par Gilles Clément) pour descendre dans le vallon où les fougères aux feuillages découpés, naturellement présentes ou introduites, opposent leur très fine texture aux larges feuillages des arbres des zones ombragées tels que le hêtre. Des tapis de fleurs vivaces scandent les saisons. Des œuvres artistiques inscrites dans le paysage ou jouant avec le vent le long d’un chemin (des « wroums ») font partie intégrante du jardin. Retour par la chênaie-hêtraie à houx acidiphile où de très vieux arbres forestiers nous laissent un sentiment d’éternité…

Chêne, bouleau et hêtre au jardin de Val Maubrune. (Photo © C. Chasseguet)
Chêne, bouleau et hêtre au jardin de Val Maubrune. (Photo © C. Chasseguet)

Et pour finir, rendez-vous au jardin de la Sagne à Aulon chez Valérie Gerbaud qui a créé un jardin privé composé de chambres de verdure. On y découvre de très nombreuses variétés d’arbustes, notamment des Lonicera à ramifications médiatones, et d’arbres tels que des Acer originaux, ainsi que des Ostrya d’Europe centrale, cousins de nos charmes. Le jardin, très humide à l’origine, est bordé par la rivière où s’étalent des plantes vivaces généreuses avec une biodiversité importante. Valérie a une démarche quasiment expérimentale : beaucoup de végétaux issus de semis ou de bouture, d’échanges avec les autres jardins et de nombreux essais. A noter un talus ingrat planté avec des Diervilla, couvre-sol drageonnant et mellifère supportant l’ombre avec une méthode originale « par bandes ».

 Merci à tous les propriétaires qui nous ont si bien accueillis. Merci à Étienne et aux membres du conseil d’administration pour l’organisation ainsi qu’à tous les participants riches de leur diversité et de leurs passions.


Christine Chasseguet, membre des Arbusticulteurs depuis 2007,

ancienne présidente, secrétaire sortante.

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