Une échappée gourmande avec Fabrice Desjours
Vincent Toupin, secrétaire adjoint, Les Arbusticulteurs
Les 17 et 18 octobre derniers, douze Arbusticulteurs se sont retrouvés en Bourgogne pour deux visites « gourmandes ».


Le jardin expérimental de Diconne (Saône-et-Loire)
Samedi après-midi, Fabrice Desjours nous a ouvert les portes de sa Forêt gourmande, à Diconne. D’abord infirmier, il a voyagé dans de nombreux pays, notamment sous les tropiques là où des habitants récoltaient des paniers remplis de fruits, de feuilles et de jeunes pousses comestibles, issues des forêts jardinées jouxtant les habitations. C’est alors que germe l’idée pour lui de créer une jungle comestible en Saône-et-Loire. Il commence les plantations en 2010 sur une prairie de 2,5 hectares, sur un sol relativement pauvre en matière organique, argilo-limoneux, de pH acide. Fabrice souhaitait créer un système robuste, diversifié par sa végétation (diversité d’espèces et de variétés) mais aussi par ses micro-habitats créant une forêt mosaïque multi-strates.


Quatre grandes catégories de plantes construisent le jardin. Celles qui produisent directement des ressources comestibles (fleurs, fruits, feuilles, écorce, etc), appelées « forestibles », les plantes médicinales, les plantes servant de combustible et enfin les biomatériaux. Cet ensemble est ponctué d’arbres « fertilitaires » que l’on retrouve généralement sous forme de trogne dont les rémanents de taille sont laissés sur place pour enrichir les sols et nourrir tout un cortège écologique associé à leur décomposition.


Notre déambulation nous fait vite comprendre que de nombreuses plantes que nous avons l’habitude d’utiliser uniquement pour leur aspect esthétique s’avèrent comestibles. C’est le cas par exemple de Magnolia grandiflora dont les pétales sont comestibles mais aussi des glycines dont les fleurs le sont tout autant, sautées au wok avec des turions de bambou et le tour est joué !


Des espèces moins courantes prennent aussi racine dans la forêt de Fabrice. Des chatons frits de Alnus firma aux fruits verts de Halesia carolina consommés en pickles ou encore des jeunes pousses cuites de Schisandra chinensis et Helwingia himalaica (pour qui d’ailleurs les périodes de sécheresse ne sembleraient pas être un problème).
Et comment ne pas finir cette balade sans un goûter gourmand ?! A la carte, une tisane à base de Gynostemma pentaphyllum, des noix, des cormes, des pommes à chaire rouge et des jujubes.


Au domaine de Meursault (Côte-d'Or), un jardin viti-forestier et une agro-ripisylve en devenir
Le château de Meursault est le plus grand domaine viticole de Bourgogne en Agriculture biologique (120 hectares). Ici la visite est aussi réalisée par Fabrice Desjours puisque le projet de jardin forêt sur le domaine a été pensé par son bureau d’étude.

Jardin clos de murs, la circulation en véhicule motorisé y a été interdite pour laisser place à une déambulation piétonne uniquement. Plus favorable à l’appréciation des nouvelles ambiances créées par les plantations nourricières qui viennent agrémenter un paysage de parc composé d’arbres matures, on y trouve une allée de vieux marronniers, rythmée désormais par une lisière d’ombre sèche ou encore un remarquable cèdre dans lequel on laissera une glycine décorer son intérieur ! Ensuite, proche du château, on y trouve un potager de vivaces et quelques ligneux comme des grenadiers, amandiers ou encore pistachiers. De nombreux taxon sont issus de greffe ou sont des cultivars permettant de s’adapter aux conditions de site. Ainsi on peut retrouver Olea europea ‘Olive me®’ qui ne dépassera pas 1,50 m de hauteur pour des raisons paysagères ou encore Punica granatum ‘Agat’ résistant jusqu’à -15 °C et dont les grenades se récoltent en septembre/octobre, oui oui, en Bourgogne !


Nous découvrons ensuite le concept d’agro-ripisylve, un corridor linéaire sur les rives du Clou, mettant en scène la vigne en port libre, rythmée par des plantations d’arbres, de vivaces ou d’arbustes nourriciers adaptés au bord de rivière.


Les vignes jouxtant le parc du château sont agrémentées de plantations basses sur les extrémités ainsi que des arbres au milieu des rangs, espacés de manière à ne pas gêner le passage des engins.
L’ensemble de ces plantations sont aujourd’hui support éducatif, elles embellissent le site et aident au retour dune faune plus diversifiée.
Un grand merci à Fabrice Desjours pour son accueil généreux. Cet évènement fut une réussite sur tous les plans ! Une deuxième session "Forêt gourmande" pourra être envisagée en 2027, sous une formule qui reste à définir.





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