Arbuste du futur n°5 : Salix aegyptiaca, le "Musk willow"
- Pauline

- il y a 12 heures
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Yves Darricau, agronome, apiculteur et planteur d’arbres
La famille des Saules est l’une des plus vastes. Elle est historiquement exploitée pour ses qualités physiques (liens souples et solides pour la vannerie et pour attacher les vignes), ses aptitudes agronomiques (stabilisation des berges, valorisation, aération et dépollution des sols humides), son intérêt médicinal (acide salicylique, présent dans l’aspirine), son esthétique dans les jardins et enfin pour son intérêt mellifère stratégique. Les Saules sont en effet généreux en nectar et surtout en pollens précoces : on parle de 400 à 600 kg/ha !
On pourrait penser qu’on a fait le tour des saules, et qu’il n’y a plus rien à voir. Erreur ! Salix aegyptiaca, un caucasien des bords de la Caspienne (Arménie, Kurdistan iranien), en est la preuve. Oublié des botanistes-voyageurs qui ont constaté son voisinage naturel avec les châtaigniers, les noyers ou encore les belles Parroties de Perse, il est resté, hors de sa zone initiale, une rareté d’arboretum, alors qu’il pousserait volontiers dans nos jardins.


Ce Persan est un bel arbuste dioïque, de 4 mètres en tous sens. Le pied mâle est très esthétique avec des chatons soyeux qui virent au jaune lors de l’ouverture des anthères. Curiosité restée méconnue, il est ''gastronomique'' : ses chatons mâles sont si sucrés qu’on en fait des dragées, des desserts et une eau florale parfumée encore très appréciée. Séchés, ils parfument les linges et servent en bouquets (son petit nom anglais est Musk Willow, « saule musqué »). Ses extraits sont médicinaux et très riches en antioxydants. Autre caractéristique notable, il vit, comme la plupart des saules, dans les sols humides, voire inondables, mais compte tenu de son origine, il supporte mieux que ses cousins la chaleur et une certaine sécheresse.

Last but not least, le Saule de Perse est le premier saule à fleurir, et de loin (fin janvier aux Kew Gardens) comme le montre une étude anglaise sur la phénologie des saules1. Cette précocité de floraison devient stratégique pour les insectes qui se réveillent de plus en plus tôt. Les bourdons anglais ont ainsi avancé leurs sorties d’une dizaine de jours depuis 1960 et arrivent de plus en plus souvent dans des paysages qui n’ont pas encore fleuri, avec des risques élevés de mortalité (de 60 à 80% pour la première vague !).
Cet oublié a le profil du candidat attendu pour le futur : beau, résistant, parfumé, et utile à la biodiversité… Quasi introuvable chez nous, on ira le voir dans les arboretum de Wespelaer, Kew ou Cambridge.




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