Arbuste du futur n°7 : Les Buddleias
Yves Darricau, agronome, apiculteur et planteur d’arbres
Vilipendés au titre d’Espèce exotique envahissante (EEE), les buddleias, communément désignés sous le nom d’Arbres aux papillons, méritent un regard prospectif tant ils ont fait preuve en cet été 2026, si chaud et sec, de leur robustesse et de leur capacité à intégrer divers paysages.
Buddleja davidii
L’Arbre aux papillons du père David (Buddleja davidii) est le plus largement diffusé. L’arbuste de 3 à 5 m de haut est vite repéré avec ses rameaux arqués, ses feuilles nervurées et duveteuses, et sa longue floraison estivale avec des fleurs en longs épis pimpants, lilas pour le type, mais aussi blanc, jaune, pourpre ou encore violet pour les nombreux cultivars. Son attractivité pour les papillons est due au parfum de ses fleurs et à son nectar fluide accessible uniquement avec une longue trompe (corolle de 1 cm de profondeur).


Très adaptable, il est devenu un ornement spontané des délaissés et de toutes les zones arasées, où peuvent atterrir ses graines si généreusement produites.


Ce pionnier qui disparaît vite de ses milieux de vie lorsqu’ils se referment, est aujourd’hui classé parmi les Espèces exotiques envahissantes (EEE), accusé de maltraiter la biodiversité et d’offrir des calories vides aux insectes... Un Arbre à polémiques et à intox ! Pour y voir plus clair, on lira la solide enquête menée par le naturaliste Gérard Guillot (2026), « Le Buddleia est-il bénéfique pour les pollinisateurs ? »1, avec plusieurs références scientifiques à l’appui. On retiendra notamment que 27 arthropodes consomment, en Europe, les feuilles, fleurs et fruits des buddleias, parmi lesquels 9 espèces de chenilles de papillons, dont le Sphinx tête-de-mort et l’Azuré du nerprun. Par ailleurs, les données de l’Observatoire participatif des papillons de jardins2 placent le buddleia en tête dans les jardins en terme d’attractivité des pollinisateurs, devant les lavandes, les trèfles et les menthes, avec 28 espèces de papillons observées (sur 33), majoritairement de grande taille : Paon-du-jour, Vulcain, Belle-dame, Machaon, Tabac d’Espagne.


Gérard Guillot relate également une étude belge3 sur la qualité nutritionnelle des pollens : la part d’acides aminés dans le pollen des buddleias est plus faible que dans celui du Trèfle des prés, et son pollen s’avère pauvre en proline, un acide aminé essentiel mobilisé dans le vol des bourdons, mais il est très riche en aspartate et glutamate, deux autres acides aminés impliqués dans des processus physiologiques importants, et présente tout le spectre des acides aminés essentiels.


Les lecteurs seront rassurés, et pourront planter activement les buddleias suivants, très florifères, policés et bien moins dynamiques dans leur occupation de l’espace.
Buddleja officinalis
C’est le plus précoce, avec une floraison vers la mi-janvier à Paris, attirant les abeilles si un beau ciel est de la partie. Arbuste originaire de l’Asie de l’Est, de 4 à 5 m de haut, florifère, à floraison longue, légèrement colorée et parfumée (odeur de miel). Il résiste peu au froid (-5°C pour les fleurs), ce qui peut rendre sa floraison aléatoire. A placer en zone abritée et lumineuse. Résistant à la sécheresse, il est coutumier des jardins méditerranéens et monte maintenant plus au Nord.

Buddleja globosa
Originaire de la Cordillère des Andes, il est aussi haut que large (3 à 4 m), avec des fleurs groupées en magnifiques sphères orangées (2 cm de diamètre), parfumées et mellifères : un immanquable au début du printemps. Il a résisté à la sécheresse estivale de 2026, certes en faisant grise mine, et reste un bien beau choix.


Buddleja lindleyana
L’Arbre aux papillons de Lindley est nettement estival. Il s’élève à 2-3 mètres, avec un port évasé et pleureur, comme ses grappes de fleurs allongées (20 cm) et pendantes. Sa floraison est longue, avec un pic sur un mois (mai-juin), puis modeste jusqu’en septembre, en petites fleurs violet foncé, parfumées et mellifères (les apiculteurs chinois en font du miel). Il est rustique (-20°C) et supporte la sécheresse.

Buddleja x weyeriana
Pour clore cette liste, il reste à citer le Buddleia de Weyer, issu du croisement de Buddleja davidii (asiatique) et Buddleja globosa (sud-américain) par l’officier anglais William van de Weyer pendant la première Guerre mondiale, en 1915. L’hybridation de ces deux cousins, voisins à l’origine (du temps du continent initial, la Gondwana) puis séparés par la dérive des continents, a fourni ‘Honeycomb’ ou encore ‘Sungold’, des arbustes stériles à floraisons quasi continues, généreux en nectar. C’est un bel arbuste à port en boule (4 x 4 m ), rustique (-20°C), à fleurs groupées en globes répartis sur un épi de 15 à 20 cm, jaune à cœur orangé, parfumées, pour une floraison de juin jusqu’à l’entrée de l’hiver.


Epilogue
En cet été 2026, les buddleias ont démontré leur robustesse. On oubliera les polémiques qui surgissent à la simple citation de leur nom et on retiendra que ce sont des arbustes beaux, offrant généreusement du nectar aux papillons bien sûr, mais aussi aux abeilles et autres insectes, avec un long calendrier floral apte à combler les trous floraux de plus en plus observables dans nos paysages. Ces exotiques ont d’évidence leur place dans la palette du futur, adaptée au climat qui vient et aux besoins de notre biodiversité.


2. Bergerot, B., et al., Preferences for exotic flowers do not promote urban life in butterflies. Landscape Urban Plan. (2010) https://www.sciences-participatives-au-jardin.org/files/papillons-plantes-exotiques-et-urbanisation.pdf
3. Maxime Drossart, Denis Michez & Maryse Vanderplanck Scientific Reports ; 7/ 16242. 2017. Invasive plants as potential food resource for native pollinators: A case study with two invasive species and a genera ist bumblebee.





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